L’amour peut constituer une terrible barricade pour la compréhension d’autrui. Il peut détruire, nuire à la concorde et remettre en cause irrémédiablement tout « être ensemble » dans la sérénité. Faut-il cependant renoncer à tout amour dans nos relations avec les autres ? Certainement pas ; cette option est d’ailleurs au-dessus de notre humaine condition. Nous sommes en effet faits pour aimer, de la même manière que nous sommes faits pour rêver, pour penser ou pour prier. Il faut alors plutôt distinguer l’amour sain de l’amour malsain ; il faut assainir l’amour de manière à ce qu’il soit un atout de la communication avec autrui, une force de communion, de fusion et de profusion, plutôt qu’une occasion de chute, de destruction de soi et de l’autre et de distorsion des référentiels que comporte une relation apaisée .
L’amour malsain
L’amour passion, possessif, aveugle, jaloux, est nécessairement source d’illusions et de méprises sur autrui. Il génère fatalement l’intolérance et l’humaine mesquinerie à l’égard de l’être aimé ; il caporalise ; il détruit l’aimant et l’aimé ; il rend vile une relation qui devrait être un épanchement généreux des cœurs. Cet amour, qu’on peut appeler malsain, engendre, tôt ou tard, de graves incompréhensions entre les consciences. Il vaut mieux alors rester de bons amis que de s’aimer dans la tension, la méfiance, la suspicion, au point de ne plus se comprendre. A l’autre, à l’aimé, on est toujours tenté de dire : « je t’aime, mais il faut que je parte, pour échapper aux revers d’un l’idylle aveugle et destructeur. Mais fort heureusement, l’amour n’est pas exclusivement perçu et vécu sous cette modalité destructrice. L’amour est aussi le soubassement le plus solide de toute relation humaine.
L’amour sain
L’amour est le plus noble commerce des âmes. Ses vertus sont indiscutables parce qu’il est, par excellence, la plus haute expression de l’esprit incarné. Ce n’est donc pas pour rien que toutes les grandes civilisations de l’humanité lui ont consacré une divinité. Si le dieu de Moïse nous comprend, c’est bien parce qu’il nous aime ; et s’il est amour comme l’annonça Saint Paul, c’est que nous sommes amour aussi, parce que nous sommes essentiellement son image. L’amour est alors la voie de restauration de notre humanité égarée dans la chair et sur la terre. « Il te sera beaucoup pardonné parce que tu as beaucoup aimé », déclare Jésus de Nazareth, à Marie Madeleine qui avait à subir l’opprobre des hommes.
L’amour sain, l’amour amical, l’amour fraternel, l’amour divin, lui nous rapproche donc de l’autre, nous unit et nous construit. Il facilite la communication dans la tolérance. Il est le paroxysme de cet altruisme que couve mystérieusement notre nature. Il permet l’acceptation de l’autre, avec son identité, sa particularité, sa différence. C’est bien en ce sens qu’il faut prendre l’appel du Christ qui, au jour de l’ascension, déclara aux apôtres, qu’il laissait sur la terre en s’envolant pour les cieux : « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Cet amour de nature divine est recommandable, parce que sans lui toute compréhension devient impossible entre les hommes ; il nous évite d’être des loups les uns pour les autres, car il vient abolir toute inimitié. Prolongement et exacerbation du goût de l’autre, l’amour nous élève au niveau divin. Bien sûr on peut émettre l’objection que l’amour humain nous attache à l’humain plutôt qu’au divin. Mais dans le fond, c’est du tout au même, car qui aime vraiment l’homme aime aussi Dieu, et qui aime Dieu aime l’homme. Un tel amour se distingue fondamentalement de l’amour mondain. Il est un amour désincarné, platonique, romantique, et il nous attache à une belle âme, à un être de vertus, plutôt qu’aux apparences sensibles qui, elles, varient selon le lieu et le temps d’appréciation. Sous cet angle, l’amour est le sel du commerce des consciences et le levain de la communication des âmes.
Au bilan, il nous faut tirer toutes les conséquences de cette approche spiritualiste de l’amour. L’amour est un magnifique commerce des âmes, mais à condition qu’il provienne de l’ange qui nous habite et non de la bête que nous habitons. Si l’amour est la rencontre de deux rêves, s’il implique ce transport subjectif des consciences l’une vers l’autre, l’une dans l’autre, s’il se trouve totalement désincarné, comme on le voit dans « le jeune Werther » du romantique allemand Goethe, s’il est débarrassé de toute impureté provenant du monde des hommes et du commerce des intérêts socio-matériels, s’il n’est pas exploité à mauvais escient par les méchants et le milieu ambiant, il est alors le moteur de la parfaite compréhension entre les consciences qui n’ont d’yeux et d’oreilles que pour l’une et que pour l’autre.

Zassi Goro, Professeur de Lettres et de philosophie
Kaceto.net

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