Interdite, pas interdite, la marche meeting prévue hier 16 septembre par l’Union d’action syndicale (UAS) a tourné à la course-poursuite entre syndicalistes et policiers, avec à la clé, quelques blessés.

Le gouvernement avait informé les organisateurs que leur marche n’a pas reçu d’autorisation pour ne non respect des délais. La mairie de Ouagadougou leur avait également refusé de délivrer une autorisation de manifester pour des raisons de sécurité. Mais Basolma Bazié, président du mois de l’Union d’action syndicale(UAS) et également secrétaire général de la Confédération générale des travailleurs du Burkina (CGT-B) et ses camarades n’entendaient pas se plier aux injonctions du gouvernement. Ils ont annoncé qu’ils maintenaient leur projet de marche-meeting et de grève sur l’ensemble du territoire. Mais si dans d’autres provinces, la marche s’est déroulée dans le calme, comme à Fada NGourma, Koudogou, Bobo-Dioulasso, il n’en a pas été de même dans la capitale.

Initialement prévu pour se tenir à la Place de la Nation, c’est finalement à la Bourse de travail que le grand rassemblement pour la marche meeting a eu lieu, l’accès à la Place ayant été bloqué par des éléments des forces de l’ordre très tôt le matin. Il est environ 10 heures lorsque le SG de la CGT-B, Bassolma Bassié, donne le top de départ de la marche. « La marche aura bel et bien lieu », lance t-il à ses camarades avant de leur prodiguer des conseils, notamment de ne pas répondre aux provocations de la police.
Après ces quelques consignes, très rapidement le cortège s’ébranle avec sur l’Avenue Mgr Thevenoud en direction du Rond-Point des Nations-unies. Sur les pancartes que tenaient les marcheurs on pouvait lire, « à bas, gouvernement de bas niveau, attention gouvernement de flemmards, non à l’impunité, non à la violence, etc ». Le commissaire central de police, accompagné de quelques agents, arrive sur les lieux. D’un ton calme et ferme, il lance au SG de la CGTB, Bassolma Bazié : « C’est pour vous signifier que la marche a été interdite », et Bassolma Bazié de répondre : « Nous n’avons pas reçu cette notification ». Il y a de l’électricité dans l’air !


Les marcheurs progressent, dépassent le rond-point des cinéastes et atteignent la Place du Grand Lyon. Mais à hauteur de la SONABEL, ils se retrouvent nez à nez avec un cargo de forces de l’ordre armés de gaz lacrymogène. Les pétards fusent, provoquant un nuage de fumée dans la foule. C’est la débandade dans tous les sens ; le sauve qui peut ! La marche n’aura duré que quelques minutes, puis retour à la case départ. Heureusement, comme l’a signifié Basolma Bazié, « il n’ y a pas eu de blessé grave ». Remonté contre le gouvernement, le Général comme l’appellent ses camarades dénonce la violence dont ils viennent d’être l’objet ; il maintient que la marche est bien légale et prévient que les choses ne font que commencer. "Rien n’entamera notre détermination à lutter pour l’amélioration des conditions de vie des travailleurs et pour la défense des libertés syndicales" clame-t-il. Devant les micros des journalistes, des marcheurs laissent éclater leur colère : « Nous réalisons que lors de l’insurrection, nous avons chassé les mauvaises personnes », explique Salifou, un fonctionnaire. Et un de ses compagnons de renchérir : « Nous sommes sortis en pacifistes et on nous gaze, honte au gouvernement et à notre police ». Selon un autre, « Roch est en train de commettre les mêmes erreurs que Blaise, et cet acte en est la preuve ».


La marche ayant pris d’autres tournures, le meeting a lieu plus tôt que prévu. Les syndicalistes réclament que les Forces de défense et de sécurité (FDS) soient bien équipées en armement pour combattre le terrorisme. « En descendant dans la rue, notre organisation compte protester contre la multiplication des attaques terroristes mais aussi contre les exécutions sommaires et extrajudiciaires qui alimentent le cycle infernal du terrorisme », a déclaré le secrétaire général adjoint de la CGT-B, Norbert Ouangré : « Nos organisations exigent également la prise en charge adéquate des personnes déplacées internes et la création des conditions de sécurité pour leur retour dans leurs villages et foyers respectif ».
L’UAS a également évoqué le départ des éléments de la police de la ville de Djibo suivie de la fermeture du commissariat de ladite ville. Pour elle, ces départs s’expliquent par les difficiles conditions de vie et de travail des policiers déployés dans ces localités. L’orateur se dit convaincu que seule l’armée burkinabè est en mesure de protéger la population, et donc exige en conséquence, « le départ pur et simple de l’armée française des frontières du Burkina », la France étant militairement présente au Burkina pour défendre ses intérêts ».


Pour ce qui est du verdict du procès du putsch manqué de septembre 2016, intervenu le 2 septembre dernier, l’UAS juge que les peines des deux généraux sont légères, mais estime que le procès constitue néanmoins une victoire pour le peuple.
Chez nos confrères de 3TV, le ministre d’Etat, ministre de l’Administration territoriale, de la décentralisation et de la cohésion sociale, Siméon Sawadogo a rappelé que la marche n’ayant pas été autorisée, le gouvernement devait assumer ses responsabilités. Il a révélé avoir rencontré les organisateurs de la marche pour les dissuader d’aller au bout de leur projet. En vain ! "Force doit rester à la loi" a t-il conclu.

Frédéric Tianhoun
Kaceto.net

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