Espaces incontestables de liberté, les réseaux sociaux permettent aux citoyens de s’exprimer sur les sujets qui touchent à la gestion de la chose publique, mais aussi de la vie sociale. Reste qu’ils ne sauraient être une zone d’anarchie et de non droit.

Le 25 mars dernier, un certain Aimé Nikièma, étudiant en première année d’économie à l’université Joseph Ki-Zerbo, publie sur le réseau social Facebook un post au contenu pour le moins hallucinant, en totale violation de la loi sur la liberté d’expression garantie par la constitution. Voici ce qu’il écrivait : « Les Peulh de la ville sont sages, c’est ceux de la campagne les vrais dangers. La solution pour stopper le terrorisme, c’est d’exterminer les Peulh dans les campagnes. Merci les Kolgweogo d’avoir amorcer l système. Je veux construire des camps de concentration, des fours crématoire pur vous. Labo ouvert ».
A l’époque, on s’en souvient, ses propos avaient suscité l’indignation générale, l’obligeant à supprimer son post. Mais le mal était fait puisque beaucoup d’internautes avaient eu le temps de le partager. Il vient d’être rattrapé par la justice.
Dans un communiqué publié hier 18 octobre, le procureur du Faso,
Harouna Yoda a indiqué que le procureur du Faso près le Tribunal de Grande Instance de Ouagadougou a instruit , "le commandant de la section recherche (Gendarmerie Nationale) à l’effet de diligenter une enquête sur les faits et de procéder à l’arrestation de l’auteur du message".
Le mis en cause qui croyait avoir réparé le mal qu’il a commis en supprimant son post avait disparu du réseau social en supprimant également son profil. Mais les pandores spécialisés en cybercriminalité, qui l’ont pris en chasse ne l’ont pas lâché. Il vient d’être mis aux arrêts le 16 octobre et déféré à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) après avoir été inculpé pour "incitation à la haine et à la violence suivant les dispositions de l’article 322-4 du Code Pénal".
Il encourt une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de trois cent mille (300 000) à trois millions (3 000 000) de FCFA. Une peine qui aurait pu être plus lourde si, comme le précise le procureur, le contenu de son texte avait "entraîné des violences envers les personnes et/ou des destructions de biens".
Dans ce cas, l’étudiant Aimé Nikièma encourrait une peine de trois ans à dix ans et une amende de cinq cent mille (500 000) à cinq millions (5 000 000) de F CFA.
Le cas de l’étudiant Nikièma n’est pas une première et vient rappeler que les réseaux sociaux ne sont pas une zone de non droit où on peut diffuser en toute impunité des idées vénéneuses et ou attentatoires à la dignité humaine et à la paix sociale.
En septembre 2016, des activistes du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) avaient été contraints de présenter de plates excuses à l’ex directrice générale de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) Mme Ouédraogo née Valmede Berthe Brigitte. Ces derniers l’avaient présentée comme une militante de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) , ce qu’elle n’est pas, et surtout d’avoir détourné des fonds de la Caisse pour soutenir la campagne présidentielle du candidat Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition.

S’étant sentie diffamée, elle avait porté plainte et avait gagné son procès contre les web-activistes. "Nous ne disposions d’aucun élément de preuve de l’appartenance de madame Ouédraogo Brigitte à aucun parti politique. Aussi voudrions-nous, par les présentes, la prier de bien vouloir accepter nos excuses publiques et sincères" avaient confessé les six militants du parti au pouvoir.
Chez nos voisins ivoiriens, on traque également ceux qui, lâchement se cachent derrière leur clavier pour déverser sur la plateforme social des propos haineux.
Début mars 2018, l’assassinat d’une élève de 5ème provoque des manifestations de ses camarades dans la ville de M’Bahiakro, dans le centre de la Côte d’Ivoire. Les gendarmes répriment et arrêtent une vingtaine de manifestants. Les réseaux sociaux s’enflamment. Yao Kouadio Philippe, 31 ans, agent d’entretien s’en prend aux forces de sécurité sur sa page facebook : "Il faut commencer à égorger les enfants des gendarmes et nous sommes en train de nous organiser ici à M’Bahiakro. Restez à l’écoute”, écrivait-il. Des "propos haineux" qui lui ont valu des poursuites et une condamnation d’une peine d’emprisonnement de douze mois de prison ferme et d’une amende de 5 millions FCFA.
" Il était question pour nous de démontrer à tous ceux qui font des dérives sur les réseaux sociaux que, d’abord, nous avons l’arsenal juridique qui permet de les rechercher, de les traquer et de les appréhender”, avait commenté le procureur de la république, Richard Adou.
Les cyber-délinquants n’ont qu’à bien se tenir

Dominique Koné
Kaceto.net

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