La crise sanitaire due au covid-19 a de graves conséquences économiques et sociales sur toutes les catégories socioprofessionnelles au Burkina Faso. Pour les employés de
« maquis, bars et dancings » l’heure est tout simplement grave.

Il a la trentaine. Et nous l’appellerons Mix. Il vit depuis quelques années au Burkina Faso, son pays d’adoption, et affirme bien s’y sentir. Originaire d’un pays voisin, il a traversé la frontière pour, comme il le dit lui-même, « se chercher ». En d’autres termes, tenter de gagner sa vie. Et c’est finalement dans le milieu de la nuit qu’il a fait son atterrissage.
Chaque soir, et jusqu’à récemment, il officiait dans un maquis de la place, en qualité de disc-jockey « dj ». Il affirme bien gagner sa vie, malgré les difficultés auxquelles il était confronté. En tout cas, il avait de quoi tenir. Entre 50000 et par mois comme salaire, en plus des pourboires offerts par les amis et les clients, sans oublier les autres prestations qu’il assure ailleurs, en dehors de ses heures de travail.
Seulement voilà, depuis l’apparition du covid-19 au Burkina Faso, son monde à lui s’est quasiment effondré. Contraints de fermer la boîte, les patrons ont mis tout le monde au chômage. Depuis lors, notre « DJ » multiplie les appels à l’aide. Des tentatives qui se heurtent hélas, à la difficulté du contexte, qui il faut bien le reconnaître, est le même pour tout le monde.
Un autre employé, « manager », est lui aussi dans le même cas. En période faste, il lui arrivait souvent de rentrer le soir, chez lui à la maison, avec l’équivalent de 50 000FCFA en poche. De quoi bien assurer son quotidien, vu que lui aussi vit loin de son pays. Alors forcément, la crise sanitaire actuelle a pris des allures d’un véritable supplice pour lui et pour tous ses autres collègues. En seulement quelques semaines, le jeune homme d’ordinaire si flamboyant, jovial et bon viveur, a perdu de son charme et plusieurs kilos. Comment pourrait-il en être autrement ?

Gueule de bois

Pour Mix, il y a de quoi s’inquiéter. Car confesse-t-il, les repas quotidiens sont de plus en difficiles, voire impossibles à assurer. Idem pour toutes ces serveuses de bars, obligées de ronger leurs freins, dans l’attente d’une réouverture. En temps normal, elles peuvent, selon plusieurs sources, se retrouver avec l’équivalent de 5000FCFA en moyenne, comme argent de poche par jour.


En plus de cela, il faut aussi ajouter de généreuses consommations offertes par certains clients, et qui peuvent parfois atteindre le double ou le triple des gratifications. Des revenus complétés enfin, par des prestations sexuelles auprès de certains clients qui peuvent rapporter entre 10 et 15 000 FCFA en moyenne. Bref, un monde bien à part, où l’argent est censé circuler en permanence. Mais comment alors s’adapter à une situation telle que celle du covid-19 ?
Pour tous ces acteurs et actrices du secteur, une reprise des activités est indispensable. On comprend dès lors qu’ils se soient tous accrochés à la folle rumeur qui a circulé sur les réseaux sociaux et prétendait que la réouverture des bars et débits de boisson était prévue pour le 5 mai 2020. Finalement il n’en a rien été.
Une chose est sure, tous et toutes crient famine en ce moment et en appellent à un rétablissement rapide de la situation. Certains mettent en avant le fait qu’ils ont des femmes, des enfants, des familles, ainsi que des charges à honorer. De fait, ce sont des centaines d’emplois qui sont ainsi menacés. Et avec eux, le risque d’une amplification de la pauvreté et de la précarité.
Le 9 avril 2020, au cours d’une conférence de presse organisée à Ouagadougou, l’OSPERL, l’organisation syndicale des promoteurs d’espaces de rencontres et de loisirs, a demandé aux autorités, de prendre en compte leur secteur dans les mesures d’accompagnement décidées par le chef de l’Etat. Car c’est peu de dire qu’ils se sentent oubliés.
Chiffres à l’appui l’OSPERL qui compte officiellement en son sein 7000 membres, dans la ville de Ouagadougou, met en avant sa contribution au développement économique et social du pays. Avec notamment une masse salariale mensuelle évaluée à 600 000 FCFA en moyenne, ses dirigeants estiment en outre que le coût actuel de leurs pertes, en termes de chiffres d’affaires, s’élève à au moins 1, milliard 500 000 000 FCFA, rien que dans la capitale, Ouagadougou.

Juvénal Somé
Kaceto.net

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