Actée depuis le 2 mai 2020, la réouverture des lieux de culte au Burkina Faso était initialement conditionnée au strict respect des mesures barrières afin d’éviter un rebond de la contagion du COVID-19. Sauf que dans la pratique, les choses s’avèrent un peu plus compliquées à mettre à œuvre partout, comme nous avons pu le constater sur le terrain, en visitant des lieux de culte dont un temple, une église et trois mosquées de Ouagadougou.

Premier constat fait sur le terrain, lors de notre passage, les mesures barrières de lutte contre le covid-19, semblent comprises, respectées et appliquées dans les temple et église visités. Ce qui n’est pas pour déplaire à certains chrétiens. C’est le cas de cet enseignant que nous rencontrons à la sortie d’un office religieux. Cache-nez bien fixé sur le visage, tout comme son épouse, il se dit satisfait. Le culte s’est déroulé, dit-il, dans une ambiance de distanciation physique que le couple, qui travaille dans le domaine de la santé, salue bien évidement.
Non loin de là, dans un temple protestant, les gestes de distanciation physique sont là aussi, manifestement respectés, durant la prière. Un habitué des lieux nous confie que les fidèles ont été divisés par petits groupes, pour éviter les grands rassemblements. Sauf qu’à la sortie, difficile pour les participants de ne pas se rapprocher les uns des autres, pour échanger des salutations et quelques mots, avant de se séparer, comme nous avons pu le constater.

Second constat qui découle du premier, c’est en revanche, la difficulté évidente à faire observer les mêmes consignes de respect de discipline collective et individuelle, au niveau des mosquées que nous avons apercevoir.
C’est le cas dans un quartier populaire de la capitale burkinabè. A l’entrée d’une mosquée dont les portes sont ouvertes, un lave-mains est bien visible. Mais à l’intérieur par contre, difficile pour les fidèles d’observer les gestes de distanciation physique tels que recommandés par les autorités sanitaires, même si l’affluence ne semblait pas être au rendez-vous, au moment de notre passage.
"Il y a encore trop de réticences et de craintes", nous explique un fidèle. "Par conséquent, de nombreuses personnes préfèrent rester prudentes, en attendant de voir la suite des événements", ajoute t-il.
On a parfois le sentiment qu’ici- sous-entendu chez certains musulmans- c’est un autre monde, ajoute un père de famille. Tant il est vrai, déplore t-il, avec un brin d’ironie, que les messages de sensibilisation ça sert uniquement aux autres. Même les mesures élémentaires d’hygiène ne sont pas respectées, nous confie-t-il.

Responsabilité collective et individuelle

Un fidèle musulman d’un autre quartier de Ouagadougou, lui non plus n’est pas du tout tendre avec ses propres coreligionnaires. Ce haut cadre d’une structure privée nous explique qu’il a pris la décision de ne rien précipiter pour le moment.
Ses prières dit-il, lui et les membres de sa famille, ils les effectuent depuis leur domicile. Et ce, jusqu’à nouvel ordre. La raison : il n’a pas été du tout convaincu par les attitudes de défiance d’une partie des fidèles musulmans, alors qu’il s’était rendu à une prière du vendredi. Depuis lors, il a changé radicalement de position.
Comme on peut donc le constater, la réalité du respect des consignes de lutte contre le covid-19 dans les lieux de culte, varie d’un lieu à un autre. Un sociologue à qui nous posons la question, estime que la communauté musulmane à laquelle lui-même appartient, doit faire plus d’efforts, en ces temps de crise sanitaire.
Pour lui, si les chrétiens parviennent mieux à montrer le bon exemple, ce serait dit-il, en raison de leur modèle d’organisation. Avec, ajoute dit-il en appui de sa thèse, un nombre réduit de centres d’influence. Ce qui permet, selon lui, d’éviter les contestations et les interminables interprétations en exégèse. Avec à la clé, un respect de la verticalité dans la prise de décision.
En rappel, c’est le 20 mars 2020 que la fermeture officielle de tous des lieux de culte avait été prise au Burkina Faso, aux fins de lutter contre la propagation du covid-19 dans le pays. Moins d’un mois plus tard, elle a finalement été levée, sous la pression d’une partie de la population.

Juvenal Somé
Kaceto.net

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