Association des élèves du secondaire de Ouagadougou (AESO) est sortie de son silence hier 29 mai en s’interrogeant sur les conditions dans lesquelles la reprise des cours dans les classes d’examen est programmée dès lundi prochain. Elle appelle les élèves au respect des mesures barrières et à se mobiliser pour un enseignement de qualité.

Déclaration sur la reprise des activités scolaires
Camarades élèves,

Notre pays à l’instar des autres pays du monde est frappé par la maladie du coronavirus (COVID 19). En effet, le 09 Mars 2020 notre pays a enregistré ses premiers cas de cette maladie. A la date du 28 mai 2020, on enregistrait 847 cas dont 53 décès, 719 guérisons et 75 sous traitement selon le gouvernement. C’est le lieu pour nous de présenter nos sincères condoléances aux familles éplorées et de souhaiter un prompt rétablissement aux malades. Consécutivement à cette crise, le pouvoir MPP a annoncé entre autres, les mesures suivantes pour briser la chaîne de transmission : la fermeture des écoles, l’interdiction de regroupement de plus de 50 personnes, la fermeture des marchés et yaars, l’instauration d’un couvre-feu, la mise quarantaine des villes touchées, etc.

Camarades élèves,

Cette crise sanitaire vient s’ajouter à la crise sociale née de la volonté des autorités d’élargir l’application de l’IUTS aux primes et indemnités des travailleurs du secteur public et dont les conséquences seront à coup sûr préjudiciables au secteur de l’éducation et particulièrement aux élèves. En effet, dans un contexte aussi grave de crise sanitaire qui recommande la mobilisation de toutes les énergies du pays, le gouvernement MPP, comme à son habitude, a opté pour la répression des travailleurs suite aux mouvements de ces derniers contre l’extension de l’IUTS. En témoigne les licenciements d’agents, les suspensions et coupures de salaires, la révocation d’agents dans les ambassades, les procédures disciplinaires arbitraires contre des agents, etc. Le secteur de l’éducation paye le plus lourd tribut de cette répression avec plus 730 agents qui verront leurs salaires suspendus dont certains étaient en congés de maternité ou en stage. Au regard de cette attitude du gouvernement, comment s’étonner de la gestion chaotique de la pandémie, faite de tâtonnements, de mensonges, de manque de clarté et de transparence qui vont pousser les populations à douter de la véracité de la maladie et exiger la reprise de leurs activités.

Camarades élèves,

C’est dans un tel contexte que le gouvernement veut reprendre les cours en adoptant à la hâte en conseil de ministre un plan de reprise des cours comportant deux volets à savoir : i) le recours à l’utilisation des TIC pour la continuité éducative ; ii) une reprise des cours pour l’achèvement de l’année scolaire.

S’agissant du volet de la continuité éducative, qui consiste pour le gouvernement à dispenser des cours en ligne (internet), à la télévision et la radio. Nul besoin de montrer le caractère bureaucratique de cette mesure en méconnaissance totale des réalités sociales et économiques de notre pays. En effet, moins de 11% de la population burkinabè a accès à l’électricité selon une enquête (ECM) faite par l’INSD en 2014 ; la télévision est encore un luxe et est carrément inaccessible en milieu rural. Pour ce qui est de la radio qui semblent être rependue, combien de parents paysans pourront à chaque fois recharger en pile ou à la plaque solaire la radio pour leurs enfants. La même enquête indique que seulement 5% des burkinabè utilisent au moins une fois l’ordinateur dans l’année et seulement 0,7% l’utilisent en milieu rural ! Quid de l’Internet ! On note que seulement 5,9% des burkinabè y ont accès. En plus d’être de mauvaise qualité, l’internet n’existe que dans les grands centres urbains. Où est donc l’égalité et l’équité entre les élèves ? A l’analyse, cette mesure va creuser d’avantage les inégalités, déjà profondes, entre les élèves.

Pour qui est de la reprise des cours pour l’achèvement de l’année scolaire, dont la date a été plusieurs fois reportée, il apparaît clairement que le gouvernement est complètement dépassé et ne sait que faire. En regardant les propositions faites par celui-ci, on note qu’il compte tout simplement nous envoyer à l’abattoir car aucune des mesures prévues à ce niveau ne sauraient nous protéger contre une possible contamination.

En effet, est-ce qu’un cache-nez peut être efficace dans une classe où les élèves sont assis à trois voire plus par table-banc ? Comment faire respecter les mesures de distanciation sociale dans des classes de plus de 200 élèves ? Pour ce qui est du dispositif de lave-mains qui est essentiel dans la prévention de la maladie, le gouvernement s’est complètement dérobé de sa responsabilité en la mettant sur le dos de nos parents qui ploient déjà sous le coup des frais de scolarité très exorbitants et des frais autres (APE, cotisations spéciales, cantines, bibliothèques, etc). De plus, de nombreux établissements ne disposent pas de point d’eau potable. Le plus décevant est que ce plan ne comporte aucune activité de sensibilisation à l’endroit des élèves surtout ceux du primaire et du post-primaire.
En outre, on note que cette reprise est annoncée pour le 1er juin 2020, période qui coïncide avec la saison hivernale où certaines zones sont coupées du reste du pays. Comment les élèves vont aller à l’école ou rejoindre les centres d’examens s’il pleut ? Quelles mesures le gouvernement entrevoit afin que les élèves ne soient pas arrachés de l’école pour les travaux ?

A l’évidence, cette crise sanitaire vient mettre à nu la crise structurelle que traverse le système éducatif burkinabè et contre laquelle l’AESO n’a cessé de se battre pour exiger un système éducatif de qualité et accessible aux enfants du peuple.

Camarades élèves,

Au regard de tout ce qui précède, nul besoin de dire que la reprise sereine des activités scolaires est sérieusement compromise du fait de l’incapacité des autorités à apporter des réponses correctes à la crise. C’est pourquoi l’AESO réaffirme son soutien aux enseignants en lutte pour des meilleures conditions de vie et de travail, et appelle l’ensemble des élèves à consolider et à renforcer l’unité d’action entre élèves et enseignants pour une reprise apaisée. Par ailleurs, l’AESO en tant que cadre authentique de lutte pour la défense des intérêts matériels et moraux des élèves
exige du pouvoir en place :

✓de réunir les conditions de garantie sanitaire pour une reprise sereine des cours ;

✓d’apporter des réponses correctes aux justes et légitimes revendications des travailleurs de l’éducation ;

✓d’engager des concertations avec l’ensemble des acteurs du monde éducatif pour une reprise concertée des cours.

Appelle les élèves de la ville de Ouagadougou et environnants :

• Au respect des mesures sanitaires édictées dans le cadre de la lutte contre la covid19 ;
• À se mobiliser davantage dans ses sections et comités pour sauver l’année scolaire ;
• À se mobiliser contre la remise en cause des libertés démocratiques.

En avant pour la reprise des activités scolaires !
Vive l’unité d’action entre élèves, étudiants et travailleurs !
Vive l’AESO !

Pain et liberté pour le peuple !!!!!

Le Comité Exécutif

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