Qui sommes-nous et comment pouvons-nous contribuer au progrès de l’esprit humain ? Question existentielle qui a taraudé de tout temps les mystiques, les prophètes, les théologiens, les philosophes et autres penseurs.
Pour le chroniqueur de Kaceto.net, la curiosité, le risque et l’innovation sont le moteur de l’histoire. Pas la tranquillité !

Quiconque a déjà eu l’occasion d’être dans le secret des dieux sur un sujet particulier au Burkina a été estomaqué par un paradoxe. Plus le sujet fait l’objet de débats publics houleux, plus on en parle dans les les médias, en famille, au bureau et dans les maquis, plus vous êtes certain que personne n’abordera le nœud du sujet en public ! Et le malheureux qui s’avise à « appeler la grand-mère par son prénom et non Yaaba comme tout le monde », est immédiatement réduit au silence !

Ce hiatus, on le retrouve à tous les niveaux, dans tous les domaines, sur toutes les questions d’intérêt public. On débat sur des idées générales, avec des arguties juridiques, syndicaux, philosophiques, religieux, coutumiers, et j’en passe. Mais jamais dans le détail technique précis et sur les enjeux réels.
Bref, tout le monde ruse. En Dioula, on appelle cela « Souroukou lôgô », c’est à dire un marché de dupes dans lequel personne n’est dupe.

D’où vient donc cette étrangeté ?

Les dissonances cognitives, lorsqu’elles sont individuelles, relèvent de la psychiatrie clinique. Mais lorsqu’elles sont collectives, il faut bien parler de culture ou de civilisation. La culture justement, parlons-en. Nous n’évoquons nos cultures et traditions que pour justifier notre schizophrénie. Nous avons en permanence le cul entre deux chaises : la modernité et les valeurs universelles dont nous refusons de payer le prix, et une culture ancestrale largement méconnue et fantasmée.

Toutes les sociétés africaines ont des rites et des parcours initiatiques. Les connaissances et les valeurs sont enseignées et transmises à travers ces rites et ces parcours organisés par classes d’âges.
Or, quel pourcentage de Burkinabè de nos jours bénéficie encore de ces parcours traditionnels de formation ? La réponse est dans la question. Pratiquement personne. Et elles n’ont pas été transférées dans l’enseignement scolaire non plus !
Et pourtant, ces coutumes dont nous ne savons presque plus rien, structurent encore profondément nos mentalités et nos comportement sociaux à notre insu.
Il y a donc urgence à nous les réapproprier afin de mieux les connaître pour mieux nous appuyer dessus pour faire face au monde, mais également pour les interroger, les challenger, les faire évoluer.
On ne peut pas s’appuyer sur quelque chose que l’on ne connaît pas, et on ne peut interroger quelque chose qui est innommée et méconnue.

Dans son ouvrage, l’Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu (ESRA), Bernard Werber relate une expérience qui illustre parfaitement selon lui la « culture d’entreprise ».
Mettez 20 singes dans une chambre close, accrochez une banane au plafond et mettez une échelle permettant d’accéder à la banane. Il n’y a aucun autre moyen d’attraper la banane que d’utiliser l’échelle. Mettez en place un système qui fait que dès qu’un chimpanzé commence à escalader l’échelle toute la pièce est arrosée d’eau glacée…
L’idée étant que si un chimpanzé décide de grimper à l’échelle tous les chimpanzés reçoivent une douche glacée. Rapidement les singes comprendront qu’il ne faut pas approcher de l’échelle.
Coupez ensuite l’arrivée d’eau glacée, aucun singe ne tentera d’escalader l’échelle qui reste pour eux synonyme de danger ou de punition.
Remplacez maintenant un des 20 chimpanzés par un nouveau. Ce-dernier va bien entendu essayer de choper la banane et sans comprendre pourquoi, il se fera tabasser par les autres. Pour lui, l’idée est simple : les autres savent quelque chose qu’il ne sait pas qui est échelle = danger.
Remplacez de nouveau un des « anciens » chimpanzés par un nouveau, même topo. Son premier réflexe sera de se ruer sur la banane et dès qu’il approchera de l’échelle les autres l’attaqueront, et c’est le singe introduit juste avant lui qui sera le plus virulent.
Continuez l’expérience jusqu’à ce que les 20 « anciens » chimpanzés aient été remplacés par des nouveaux, chaque nouvel arrivant étant passé à tabac par ses pairs dès qu’il approchera de l’échelle. Au final les 20 nouveaux chimpanzés éviteront l’échelle sans savoir pourquoi il ne faut pas s’en approcher… Ils suivent bêtement une règle imposée à la collectivité sans chercher à en comprendre les tenants et les aboutissants.

Cette expérience illustre un concept économique appelé Loi de Parkinson qui veut que « plus une entreprise grandit, plus elle engage des gens médiocres et surpayés". Pourquoi ? Tout simplement parce que les cadres en place veulent éviter la concurrence. La meilleure manière de ne pas avoir de rivaux dangereux consiste à engager des incompétents. La meilleure façon de supprimer en eux toute velléité de faire des vagues est de les surpayer. Ainsi les castes dirigeantes se trouvent assurées d’une tranquillité permanente.
A contrario, selon la loi de Parkinson, tous ceux ayant des idées, des suggestions originales ou des envies d’améliorer les règles de la maison seront systématiquement éjectés.
Ainsi, paradoxe moderne, plus l’entreprise sera grande, plus elle sera ancienne, plus elle entrera dans un processus de rejet de ses éléments dynamiques bon marché, pour les remplacer par des éléments archaïques onéreux.
Et cela au nom de la tranquillité de la collectivité » (Bernard Werber).

Ainsi naît et se développe la culture de l’entreprise, plus une entreprise se structure, plus elle devient une machine à produire du conformisme et plus le jeu politique prend de l’espace au détriment des idées novatrices.

Cette expérience ne s’applique bien évidemment pas qu’aux entreprises et aux gouvernements. Elle est applicable à la société toute entière. Et le Burkina est un laboratoire à ciel ouvert de ce point de vue.

Pour paraphraser Friedrich Wilhelm Nietzsche, il nous faut une fois pour toutes savoir ce que nous voulons, et si nous voulons !

Maixent SOMÉ ; Analyste politique
Kaceto.net

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