Dans la tribune ci-contre, Sayouba Traoré s’interroge sur le paradoxe suivant : pourquoi les populations africaines des africains qui sont riches en matières premières n’en profitent-elles pas ?

Un pays africain a du minerai précieux dans son sous-sol. Comment faire pour valoriser ce minerai, quand on sait que son propre niveau de développement technologique ne permet pas d’exploiter soi-même ? Qu’est-ce que ce pays peut faire de ce gisement, quand on voit bien que son niveau de développement économique ne lui permet pas d’utiliser ce minerai ? Ces questions ne sont pas à négliger. Parce que l’économie, c’est à prendre au sérieux. La vie de millions de gens en dépend.

Ce n’est pas un scénario de journaliste. Des pays africains ont dans leur sous-sol de l’uranium. De vous à moi, qu’est-ce qu’un pays sous-développé peut bien faire d’une ressource comme l’uranium ? Si vous répondez à cette question, vous saisissez globalement le problème.

Ce pays africain doit trouver les moyens de vendre ce minerai. Et c’est là que les choses se compliquent. A qui vendre ? A quel prix ? Et comment gérer cet argent ? Cela paraît évident, mais il ne faut pas se flatter. Tout le monde ne peut pas répondre à ces petites questions. Restez tranquille dans votre chaise et essayez seulement ! Vous verrez que ce n’est pas simple.

Les spécialistes parlent de mieux-disant. Je vais tenter de vous dire ce que j’ai compris. C’est-à-dire que Etat étranger, société multinationale, ou consortium de gens intéressés, vous devez choisir celui qui fait la meilleure offre. Je ne vous ai pas caché que l’affaire là n’est pas facile. A ce niveau, il faut déterminer c’est quoi une meilleure offre.

Ce que moi je vois, c’est celui qui propose le plus haut prix à l’achat, celui qui propose une technique d’exploitation qui ne va pas saccager votre environnement, celui qui va construire et vous céder des équipements, celui qui couple son offre avec un transfert de technologie. Transfert de technologie, ça veut dire que l’acheteur doit apprendre à vos travailleurs les nouvelles techniques utilisées.

Voilà donc un pays africain qui a une richesse. Ce pays africain a déniché et sélectionné le partenaire qui convient à ses projets. On peut dire que ce pays a de la chance. N’oublions pas, cependant, que ce sont des humains qui vont négocier avec le partenaire étranger.

Si le Burkina Faso vous désigne pour aller négocier avec un partenaire économique, c’est quoi votre mission ? Vous devez obtenir le plus d’avantages possible dans cette négociation. Une multinationale ou un pays étranger fera pareil. Il va chercher à gagner sur vous. Des centaines de commerçants font la même opération chaque jour à Rodwooko.

Nous avons dit que ce sont des humains. Une multinationale ou un pays va chercher à connaître les faiblesses des gens chargés de négocier au nom de ce pays africain. Et il va tout tenter. Dessous-de-table. Avez-vous déjà entendu ce terme bizarre ? C’est trivial. Ce sont des avantages que la multinationale va offrir aux négociateurs, contre leur signature. Evidemment, ces dessous-de-table ne vont pas figurer dans le contrat.

Vous avez trahi votre pays et vous avez accepté des dessous-de-table. Vous venez de mettre le pied pile là où il ne faut pas. Parce que dans l’exécution du contrat d’exploitation, vous ne pouvez plus être exigeant. Et la multinationale sait que vous êtes disposé à empocher d’autres dessous-de-table. Cette multinationale est là pour faire du bénéfice. Ce n’est pas de la philanthropie ou autres gentillesses. Ses dirigeants ne sont pas des bonnes sœurs ou des assistantes sociales.

Ne me dites pas que ça n’existe pas. Des procès encombrent les tribunaux. « Mani pulite », vous avez déjà entendu ces mots ? C’est un terme italien qui signifie « mains propres ». Mani pulite, ce sont des juges courageux qui ont ébranlé toute la classe politique, tout le monde des affaires, et bien d’autres secteurs en Italie. Tapez seulement Silvio Berlusconi sur un moteur de recherche et vous serez surpris. Dans son discours de 23 heures en novembre 2021, le Président Roch Kaboré a parlé d’opération « mains propres ». Et j’ai dit à des amis que le président vient de signer son arrêt de mort.

Notre affaire n’est pas terminée. Le contrat est signé. L’exploitation a commencé. L’argent rentre. Mais aucun citoyen ne voit la couleur de cet argent. Cet argent n’arrive pas non plus dans les caisses de l’Etat. Les révoltes sont incessantes au Nigeria, parce que personne ne sait où rentre l’argent du pétrole. Aujourd’hui, des jeunes sont organisés en gangs et détournent directement 25% du pétrole brut des installations de la société Shell. Je peux multiplier les exemples de ce genre.

En résumé, il faut retenir quoi ? Le pillage de nos ressources n’est pas possible sans complicités internes. Ce n’est pas parce que moi je le dis. Ce sont les mécanismes internationaux de l’économie mondiale qui le veulent. Et c’est quelque chose que toute personne de bonne foi peut constater. Et si vous êtes de mauvaise foi, vous avez perdu votre temps pour lire cet article. Et on ne peut vraiment rien pour vous. Un être vivant doit respirer pour vivre. On fait du commerce pour gagner de l’argent. Tant pis pour nous, si nous avons oublié les intérêts de notre pays. Si votre esprit ne peut pas accepter cela, allez chercher des lectures ailleurs !

Ce que je sais de façon certaine, c’est que nous ne pourrons pas résoudre nos problèmes en distillant des mensonges. Des demi-vérités non plus ne feront pas l’affaire. Chacun doit prendre un miroir et se regarder en face. Si vous avez peur du miroir, vous avez un problème. Un sérieux problème ! On vole notre propre pays. Et ce pays est obligé de solliciter l’aide internationale. Nous refusons de payer des impôts. Avec quoi le gouvernement va travailler ? C’est ces termes que la question se pose aujourd’hui. Et des citoyens honnêtes ne peuvent pas esquiver cette réalité. Quelle que soit votre religion, quelle que soit votre idéologie, 1+1, ce sera toujours égal à 2. Si c’est égal à 3, vous avez un problème. Un vrai problème avec vous-même.

Sayouba TRAORE
Ecrivain-Journaliste