En seulement quelques mois, l’Éthiopie a presque changé du tout au tout. Alors que le pays avait habitué le monde à ses luttes ethniques intestines et aux querelles avec ses voisins, le « toit de l’Afrique » abrite désormais une nation en plein changement. Cela, l’Éthiopie le doit à son nouveau premier ministre. Véritable pacificateur, l’homme a gagné le cœur de son peuple en mettant fin à la guerre avec l’Érythrée et en libérant de nombreux prisonniers politiques. Et il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

En Éthiopie, le premier ministre Abiy Ahmed, a nommé, le mardi 16 octobre, un nouveau gouvernement inédit. Pour la première fois dans l’histoire du pays, ce nouveau gouvernement offre une parité parfaite avec 10 femmes pour 20 ministres. Ces dernières occupent d’ailleurs des ministères importants tels que ceux du commerce, de l’industrie, et de la défense.
Ce remaniement vient s’ajouter aux nombreux coups d’éclats d’Abyi Ahmed, devenu depuis sa nomination une lueur d’espoir pour un pays qui semblait se diriger vers des lendemains très sombres.
Ce n’est pas un hasard, si Abiy Ahmed semble aujourd’hui être le principal chemin de l’Éthiopie vers une pacification totale. Les origines mêmes du premier ministre semblaient le prédestiner à œuvrer pour le rassemblement d’une nation, déchirée par les guerres ethniques, et à lutter pour la paix.
Abiy Ahmed est né le 16 août 1976, à Beshasha, loin des grandes villes éthiopiennes. Ahmed Ali, le père du premier ministre, musulman Oromo, y a élevé ses enfants en compagnie de ses quatre femmes. La mère d’Abiy Ahmed, Tezeta Wolde, est une chrétienne de l’ethnie Ahmara. Dans son enfance, l’actuel premier ministre doit donc apprendre à concilier deux religions différentes mais également deux ethnies dont les relations n’ont pas toujours été pacifiques.

Il faut rappeler qu’en Éthiopie, les trois principales ethnies sont les Oromos, les Ahmaras et les Tigréens. Parmi les nombreuses dissensions existant entre ces groupes, la plus marquante est liée à la domination politique des Tigréens, pourtant minoritaires. Cette situation a d’ailleurs provoqué une fronde des autres ethnies, qui secoue le pays depuis 3 ans.

Après ses études primaires et secondaires, Abiy Ahmed rejoint la lutte armée contre le gouvernement militaire provisoire de l’Éthiopie socialiste, mis en place en 1974. Après la chute de ce régime, il suit une formation militaire officielle, pendant laquelle il travaille pour les services de renseignement.

Il sera d’ailleurs mis à contribution entre 1998 et l’an 2000 pour découvrir, à la tête d’une équipe des services de renseignement, les positions des forces de défenses érythréennes. Pendant son service, il obtient son premier diplôme en génie informatique.

En 2005, il obtient un diplôme de troisième cycle en cybersécurité avant de recevoir un MBA en leadership de l’université de Greenwich à Londres.

De retour en Éthiopie, il crée, en 2007, l’Agence éthiopienne de sécurité des réseaux d’information (INSA). Après 3 années à la tête de l’agence, il décide de se lancer en politique.
Ce choix est motivé par une tragédie survenue, en 2006, dans sa ville natale de Beshasha, où un groupe de fanatiques musulmans a massacré des chrétiens orthodoxes. Les tensions créées par cet incident sont sur le point de faire imploser la bourgade, lorsqu’Abiy Ahmed est mis à contribution pour apaiser les deux parties. Il y parvient.
Il se rend alors compte que la politique est le moyen le plus efficace dont il dispose pour assurer la paix dans sa ville natale, mais également dans tout le pays.

En 2010, Abiy Ahmed rejoint l’Organisation démocratique des peuples Oromo (OPDO), membre de la coalition au pouvoir. Quelques mois après avoir rejoint le parti, ses états de service et sa capacité à rassembler lui permettent de devenir député et accroître sa popularité au sein de sa formation politique. En 2015, alors qu’il vient d’être réélu député, il est nommé ministre des sciences et de la technologie par le premier ministre de l’époque : Hailemariam Desalegn. Après une remarquable année durant laquelle il réforme la société éthiopienne des sciences spatiales, rebaptisée par la suite Institut aérospatial éthiopien, il décide de quitter ses fonctions. En 2016, Abiy Ahmed est nommé vice-président de la région d’Oromia. Son excellent travail le fait élire, le 22 février 2018, à la tête de l’OPDO.

Une semaine avant, Hailemariam Desaleign, le premier ministre démissionne, épuisé par les violences ethniques et la pression interne de la coalition au pouvoir. Il est remplacé par Abiy Ahmed, le 2 avril suivant. La nomination d’un Oromo à la place du démissionnaire tigréen apaise légèrement les tensions ethniques, même si personne ne sait à ce moment quoi attendre du nouveau premier ministre. Alors qu’il donne l’impression de n’être qu’une solution d’appoint, il va gagner le cœur de son peuple, en seulement quelques semaines.
Dès son arrivée, il libère plusieurs prisonniers politiques. En juillet 2018, il surprend le monde entier en signant la fin de l’État de guerre avec le voisin érythréen. Il inaugurera même, main dans la main avec son homologue Isaias Afwerki, l’ambassade érythréenne à Addis-Abeba.
Abiy Ahmed assure vouloir abattre « avec amour » le mur qui s’est construit entre les deux voisins. Il promet une ouverture politique, de nombreuses réformes économiques et une Éthiopie nouvelle, qui n’oublie pas ses exilés, même les chefs de groupes armés, invités à rentrer. Et lorsqu’on le voit faire des pompes avec des militaires mécontents de leurs salaires, ou nommer 10 femmes ministres, on veut bien le croire. D’ailleurs, Abiy Ahmed sera réélu le 5 octobre, avec 176 voix sur 177 à la tête de la coalition au pouvoir, le front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien, lors de son 11e congrès. Le problème avec tous les espoirs qu’il suscite, c’est que tout ne dépend pas d’Abiy Ahmed.


Malgré les nombreuses actions du Premier ministre pour unifier le pays, les dissensions subsistent. Elles sont notamment tenaces entre les différentes ethnies.
Les Tigréens notamment, commencent à se plaindre de leur perte d’influence. Pendant ce temps, les heurts entre les autres communautés continuent. En plus, cinq personnes ont été tuées par la police à Addis-Abeba, après une manifestation ayant mobilisé des milliers de protestataires. Les violences policières et les répressions dans le sang sont pourtant les pratiques qu’Abiy Ahmed avait promis de faire disparaître. Mais pour ça, il faudrait encore avoir un contrôle total de certains paramètres, comme l’armée, sur laquelle le parti tigréen, nouveau lésé au jeu du pouvoir, garde un contrôle total.

Agence ECOFIN

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