On se doutait bien que la sortie pour le moins musclée de militants du CDP dit du "Le Groupe des 300" (http://kaceto.net/spip.php?article7419) n’allait pas rester sans réaction de la part de ceux qui ont été mis en cause. C’est fait. Dans un texte parvenu à notre rédaction, 21 hauts cadres du parti dont Léonce Koné, Yaya Zoungrana, Salia Sanou, Jean Koulidiati répondent point par point aux griefs qui leur sont reprochés et s’indignent des propos tenus par "le Groupe des 300" à l’endroit du président d’honneur. Leur tribune, on s’en souvient avait été condamnée par la direction du parti.

Réponse a la déclaration anonyme publiée par un soi-disant groupe de 300 militants du CDP.

Dans son édition No 2598, du 29 Octobre 2019, le journal Le Quotidien a publié une déclaration qui est supposée émaner d’un groupe de 300 militants et cadres du CDP, au rang desquels figureraient 40 Secrétaires généraux des Sections provinciales du parti.

Compte tenu de la gravité de leurs propos, nous, les signataires de la présente déclaration, entendons répondre aux auteurs anonymes de l’article susmentionné.

A la différence de nos « camarades », qui ont cru bon de dissimuler leur identité derrière l’affirmation invérifiable qu’ils constituent un groupe de 300 militants, nous nous exprimons à visage découvert, en indiquant clairement au bas de notre réponse la liste de ses signataires. Nous ne voulons pas nous engager dans une compétition ridicule sur le nombre des militants du CDP qui endossent notre position et ne trouvent rien à redire, ni à l’initiative que le Président d’honneur du CDP, le Président Blaise Compaoré, a prise pour tenter de mettre fin à la crise qui sévit dans notre parti, ni à ses conclusions. Sinon nous aurions ouvert une pétition auprès des militants et sympathisants du CDP pour les inviter à réaffirmer leur loyauté et leur fidélité à Blaise Compaoré. Il ne fait aucun doute que celle-ci serait signée par des milliers de personnes. Mais à quoi bon démontrer ce qui est évident. Peut-être serons-nous amenés un jour à procéder ainsi, si cela s’avère d’une utilité quelconque. Pour l’heure, nous allons nous contenter de répondre aux griefs du quarteron d’aigris qui pense faire impression en se proclamant 300. Connaissant le CDP, nous avons de bonnes raisons de penser que les auteurs de ce manifeste se comptent sur les doigts d’une main, qui n’est pas aussi invisible qu’ils le croient. Alors, ayez encore un peu de courage chers camarades, sortez du bois à découvert, montrez vos visages et affrontez le regard des militants du CDP quand vous voulez leur dire les énormités que vous professez. Surtout, évitez de mêler indistinctement les secrétaires généraux des sections provinciales du CDP à vos turpitudes, en prétextant de façon mensongère que 40 d’entre eux adhèrent à vos prises de position.

Mais venons-en au fond de l’affaire. Parce qu’ils sont chagrinés que Blaise Compaoré n’ait pas approuvé la logique d’exclusion et d’accaparement du CDP qui a présidé aux décisions qu’ils ont fait adopter par le congrès extraordinaire du 22 septembre 2019, les membres clandestins du groupe auto proclamé des 300 ont choisi d’exprimer leur défiance à son égard, par voie de presse. Et ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère : « Le CDP n’est pas la propriété de Blaise Compaoré ». Celui-ci « n’est pas au-dessus des Statuts ». Il n’est pas le « fondateur » du parti. Beaucoup de militants étaient opposés à la résolution qui le désigna en 2018 comme « président d’honneur avec des attributions exorbitantes, sans oser l’exprimer ouvertement », etc. Comble de grossièreté : leur déclaration va jusqu’à insinuer que le président d’honneur aurait travesti la vérité en reprochant à la direction du parti de ne l’avoir pas informé avant le congrès de la nature des sanctions envisagées, du nombre et de l’identité des personnes concernées. Ce qui ajoute un outrage supplémentaire à l’indécence de leurs propos. Et de mettre carrément le président d’honneur en garde : les membres du groupe proclament qu’ils n’accepteront plus ses directives. Ils n’obéiront qu’à ce qu’ils appellent la direction « officielle » du parti, comme si le président d’honneur était une instance officieuse, superfétatoire. Pour conclure leur invective, ils expriment ce qui est manifestement la vraie cause de cette tempête dans un verre d’eau : « nous n’accepterons pas qu’on nous impose un candidat pour l’élection présidentielle de 2020… ». Tout est dit.

Que répondre à ce pamphlet ? D’abord, qu’il montre le signe d’une agitation fébrile qui nous semble injustifiée. Quand on fait de la politique à ce niveau élevé de responsabilité (comme nous présumons que c’est le cas des auteurs de la déclaration), il faut faire preuve de sang-froid et maîtriser ses émotions.

Cela aurait permis par exemple d’éviter les affirmations absurdes et contradictoires qui figurent dans ce texte. Chers « 300 » camarades, vous ne pouvez pas, quasiment dans la même phrase, écrire que Blaise Compaoré « est à l’origine de la fondation du parti en 1996 » et lui dénier en même temps l’appellation de fondateur du CDP. Qu’il n’ait pas été seul à constituer le CDP relève de l’évidence et du bon sens. On ne crée pas un parti sous la forme d’une organisation unipersonnelle. De même, vous ne pouvez pas affirmer que la résolution qui fixe son statut de président d’honneur lui donne des prérogatives « exorbitantes » et vous alarmer lorsqu’il use de ce pouvoir statutaire dans l’intérêt du parti. C’est bien dans ce but que ces prérogatives lui ont été concédées, en toute connaissance de cause, par le congrès de 2018. Que vous ayez été hostile à ce statut dès l’origine, en choisissant courageusement de vous taire, est une chose. Que vous nourrissiez aujourd’hui la prétention de faire prévaloir votre conception restrictive du rôle du président d’honneur sur les dispositions claires qui le régissent en est une autre, que les militants avertis du CDP ne peuvent évidemment pas accepter.

Comme la plupart des membres du CDP, nous sommes loyaux et fidèles envers Blaise Compaoré, non pas sur le fondement d’une dévotion aveugle et servile, mais parce que nous pensons que le leadership qu’il a exercé dans la gouvernance du Burkina Faso pendant 27 ans a été largement bénéfique au pays, en dépit des reproches légitimes qu’on peut lui adresser, ainsi qu’à son régime. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer ce qu’est devenu le Burkina Faso cinq ans après son départ. La régression du pays, l’insécurité chronique, le délitement de l’Etat et les fractures multiples de la cohésion nationale forment le tableau sombre et tragique qui caractérise la situation actuelle du Burkina. Quelles que soient les critiques et les réserves qu’ait pu susciter la politique de Blaise Compaoré, il est évident qu’elle avait engagé le Burkina Faso sur la voie d’un progrès continu, assurant à nos compatriotes une amélioration progressive de leurs conditions d’existence, dans un environnement de sécurité et de stabilité. C’est la reconnaissance de sa contribution à l’essor national qui justifie le respect que lui vouent les militants du CDP et un grand nombre d’autres compatriotes, dont certains l’ont combattu jadis. Dans la période d’incertitude que traverse le Burkina, il représente pour le CDP le ferment de son unité et la personnalité tutélaire à laquelle se réfèrent les militants, au-delà du tumulte des luttes d’ambition qui agitent la direction du parti. C’est cette confiance que les membres du parti ont voulu traduire en le désignant comme président d’honneur et en lui donnant des prérogatives explicites pour intervenir sur les sujets importants de la vie et de l’action du CDP, à l’occasion du congrès de 2018.

Les consultations qu’il a effectuées récemment à Abidjan, ainsi que les directives et recommandations qui en sont résultées, rentrent pleinement dans ce cadre. Elles ne contredisent en rien les textes du parti. Il aurait pu, s’il l’avait voulu, convoquer lui-même un congrès, de sa seule initiative, pour demander l’annulation des sanctions qui ont été prononcées en septembre 2019, dans des conditions qui mettent en danger l’unité, la cohésion et la survie du CDP. Il a préféré renoncer à cette prérogative autoritaire qui lui est reconnue par nos textes, pour engager une concertation avec les principaux protagonistes de la crise du CDP, dans le but de lui trouver une solution consensuelle. Il a conduit ces entretiens avec la courtoisie, le tact, le sens de l’écoute et l’esprit de responsabilité qu’on lui connaît, en mettant en avant l’intérêt du CDP. Les conclusions qu’il en a tirées peuvent sembler amères à certains. Au moins, elles offrent une chance de sauvegarder l’unité du parti, pour peu que tout le monde se donne la peine d’y contribuer, de façon loyale. Il n’y a eu ni vainqueur, ni perdant au bout de ce processus. Chaque partie a dû faire des concessions sur ses prises de position initiales, dans l’intérêt supérieur du CDP.

Nous notons avec une satisfaction mitigée que, par un communiqué en date du 30 octobre 2019, la direction du CDP a condamné la déclaration du « groupe des 300 ». L’honneur est sauf. Quoique certains termes sibyllins de ce communiqué nous laissent perplexes. Nous sommes surpris de la référence inhabituelle que fait la direction du parti à la liberté d’expression, comme si elle éprouvait de la gêne à devoir condamner les propos injurieux de militants à l’égard du président d’honneur. Faut-il y voir le signe d’une connivence entre ceux qui injurient et ceux qui condamnent ?

Ce pamphlet injurieux n’est-il pas, lui aussi, un acte « antiparti », justifiant une saisine de la Commission Nationale de Contrôle et de Vérification, pour tenter au moins (de faire semblant) d’identifier ses auteurs ? Ou bien est-ce moins grave d’attenter outrageusement à la réputation du président d’honneur que de se déclarer favorable, pour les élections présidentielles de 2020, à un candidat autre que le président du parti ? Qu’on ne s’y trompe pas : loin de nous l’idée d’exiger que ceux qui se cachent derrière le mythe des 300 soient sanctionnés, à supposer qu’on se donne la peine de les identifier formellement. Ce qui ne doit pas être très difficile, vu leur proximité avérée avec la direction du parti, pour laquelle ils ont pris ouvertement fait et cause. Aussi abjects que soient leurs propos, ils expriment une opinion qui a droit de cité dans un système démocratique. Nous ne sommes pas adeptes du délit d’opinion, ni du crime de lèse-majesté. Leur sanction, qui ne peut être que morale et politique, découlera de l’opprobre que leur manifestera la quasi-unanimité des militants du CDP. Et ils sombreront dans l’oubli d’où ils n’auraient pas dû sortir.

Autre énigme : pourquoi la direction du parti, qui prend soin de mentionner la mise en cause « insidieuse » des Secrétaires généraux des sections provinciales, n’apporte-t-elle pas un démenti clair à leur prétendue implication dans cet écrit ? Elle qui est si prompte à convoquer les Secrétaires généraux provinciaux pour leur faire entériner ses desiderata et se réclamer ensuite du soutien de la base, pourquoi ne les invite-t-elle pas à Ouagadougou pour provoquer ce démenti ? La défiance injurieuse à l’égard du Président d’honneur, faussement attribuée à certains Secrétaires généraux, n’est-elle pas un motif suffisamment grave pour justifier une telle initiative ?

Nous aussi, nous sommes favorables au respect de la liberté d’expression. Pour nous, cette liberté va de pair avec la responsabilité et le courage d’assumer ses opinions. Tout le monde n’est pas obligé d’accepter le leadership de Blaise Compaoré, ni de quiconque. On peut parfaitement, comme l’ont fait nos « 300 » camarades, estimer que les fondateurs du MPP ont eu raison de quitter le CDP et de tourner le dos à Blaise Compaoré. Il faut juste avoir le courage de signer cette opinion et celui d’en tirer la conséquence en quittant le CDP pour rejoindre le MPP. A moins que leur projet soit de tuer le CDP pour en livrer la dépouille à son principal adversaire. A ce sujet, nous ne sommes ni pressés, ni inquiets. Le menu fretin que constituent ces mystérieux « camarades » finira bien par se découvrir tôt ou tard et par dévoiler son dessein ultime. Il trouvera face à lui un CDP inébranlable, soudé derrière son leader historique.

Nous déplorons, enfin, que la direction du CDP n’ait pas jugé utile de se démarquer des propos haineux que contient la déclaration à l’égard de nos camarades résidant à l’étranger, accusés injustement de tous les maux. Faut-il rappeler que ces camarades, qui ont rendu des services éminents au CDP et à l’Etat burkinabè, vivent hors du pays depuis cinq ans parce qu’ils ont été contraints à l’exil pour la plupart d’entre eux. Ils ne sont pas en villégiature. Cette situation est pénible pour eux-mêmes et pour leur famille. Elle appelle à la solidarité, plutôt qu’au dénigrement. Au moment où on parle de plus en plus de réconciliation dans le pays, il est affligeant de voir des militants du CDP propager des appels à la vengeance et à l’ostracisme envers leurs camarades en difficulté. Cela en dit long sur la valeur humaine et l’esprit de camaraderie de ceux qui se livrent à cette vindicte.

Pour finir, nous ne savons pas ce que dira le président d’honneur au sujet du choix du candidat qui sera soutenu par le CDP pour l’élection présidentielle. Ce que nous savons, c’est que ce ne sont certainement pas les tentatives d’intimidation puériles et grossières qui influeront sur sa décision. Pour notre part, nous attendons, avec confiance et sérénité, les orientations qu’il proposera, en temps opportun, aux militants du CDP, parce que nous savons ce que nous voulons et ce que nous jugeons conforme à l’intérêt du pays, comme du parti. Cette attitude n’est pas dictée par un sentiment d’arrogance. Elle participe simplement de notre conception du sens des responsabilités. Nous avons conscience également que, quelles que soient les suites de ce débat sur la candidature, nous aurons besoin à un moment ou à un autre d’unir nos forces afin de donner une chance à l’alternance, pour le bien de notre pays. Nous voulons laisser la porte ouverte à ce rassemblement.

LISTE DES SIGNATAIRES :

Rasmané Daniel Sawadogo, Député, Bureau politique national (BPN)
Gnama Pako Drabo, Bureau exécutif national (BEN)
Roukieta Séni/Sow, BEN
Dr Seydou Touré, BEN
Fatoumata Ouédraogo/ Ziba, BPN
Léonce Koné, Haut Conseil
Soumaïla Sana, BPN
Ambroise Tapsoba, BEN
Issouf Sakandé, BPN
Salia Sanou, Haut conseil
Mathieu Sanou, Section Houet
Saratou Yaméogo, Militante
Seydou Gnapegue Dao, BPN
Boureima Badini, Haut Conseil,
Yahaya Zoungrana, Député, BPN
Jean Kouldiati, BEN, Vice-Président
Salam Dermé, BEN
Alpha Yago, BEN
Constant Ouédraogo, BEN
Roland Diallo, Section Houet
Adama de Daouda Ouédraogo, BPN

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