Aux termes des dispositions de la constitution de 1991, le Burkina Faso est un État unitaire et laïque. Le peuple burkinabé a donné à son État l’appellation nationale de Faso. Dans le fond, cette dénomination n’implique aucune particularité. Elle n’exprime que la volonté des Burkinabé de transcrire, en langue nationale mandé, le concept universel de république. En dehors de cette préoccupation identitaire, héritée de la révolution d’Août, on peut dire que le Burkina Faso est une République laïque calquée sur le modèle des républicains du monde, que le colonisateur français a exporté dans ses territoires d’Afrique. Mais la France n’est pas l’Afrique et le Burkina Faso est une réalité socioculturelle bien particulière.
LA LAÏCITÉ FRANÇAISE
Le modèle français, d’une république laïque, a son histoire et sa réalité sociologique. L’État laïc, en France, est issu d’une rupture radicale et révolutionnaire entre le politique et le religieux, qui a été enclenchée par les libéraux révolutionnaires, en 1789, contre la monarchie et le clergé qui la soutenait. L’empire de Napoléon Bonaparte viendra consacrer ce divorce entre le politique français et le religieux, avec cependant une petite parenthèse de réconciliation sous le régime de la restauration. Cet héritage, d’un rapport conflictuel entre Église et État, fait de la république française l’une de celles qui ont le plus de distance avec le religieux. En effet, pendant que sous d’autres cieux comme aux USA, on continue, aujourd’hui encore, de prêter les serments de la république sur la bible, la république française, elle, n’a d’autorité suprême que le peuple, au demeurant, « la mystique Raison de l’humanité », qui est une sorte d’autorité éthique désacralisée inventée par les révolutionnaires pour chasser Dieu de l’histoire et émanciper les peuples. Dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, les révolutionnaires ont concédé, à la fraction républicaine du clergé, ce terme « d’Être suprême », sous l’auspice duquel le peuple français prenait ses engagements ; mais ce terme, qui est exporté de la métaphysique grecque et de la théologie chrétienne, signifie tout et rien. La postérité finira d’ailleurs par s’en débarrasser. La laïcité française est donc « une laïcité radicale ». Cependant, elle est aussi celle qui a le plus les mains liées par sa réalité sociologique. L’État français repose, en effet, sur une communauté nationale majoritairement chrétienne. Un tel État n’a pu avoir d’autres choix que de prendre le rythme du christianisme en matière sociale. Les exemples ne manquent pas d’ailleurs pour illustrer ce choix : la forme légale du mariage civile –la monogamie- est ainsi d’inspiration chrétienne ; les fêtes de l’Église sont déclarées chômées par la loi laïque et le dimanche du chrétien est également la journée de repos de l’État. On comprend dès lors le malaise que vivent les minorités religieuses en France. Juifs, musulmans et autres, qui tendent vers le tiers de la population totale, sont confinés à jongler avec les lois qui régissent les libertés d’association et de culte, pour vivre leur identité religieuse. Dans cette république laïque, qui coiffe une nation à tradition et à mentalité populaire chrétiennes, il n’est pas aisé d’être différent. Les données se présentent autrement dans un pays comme le Burkina Faso.
LA LAÏCITÉ AU FASO
Au Burkina Faso, l’État est laïc et la religion y est une affaire privée. La religion y relève de la vie individuelle et associative. Les institutions politiques, le service public et l’éducation nationale sont consacrés laïcs par la constitution. Ils excluent, par conséquent, toute référence et toute ségrégation religieuse, toute allégeance des structures d’État à une autorité religieuse. Dans un tel pays, les citoyens sont libres de croire en ce qu’ils veulent, à condition que leurs croyances soient compatibles avec les lois de la république. Sur ce point d’ailleurs, le Burkina Faso n’est pas une exception. Il est comme toutes les autres républiques du monde. Sa particularité est à un autre niveau. En effet, l’État burkinabé, tout en étant le décalque du modèle français, est superposé à une réalité sociologique différente. Sans doute, ici aussi, l’État s’est adapté à la tradition chrétienne. Mais le problème est que la nation n’y est pas historiquement chrétienne. Il a fallu alors prendre en compte l’islam, qui est l’autre religion dominante. On comprend pourquoi le Burkina Faso est l’un des pays du monde qui ont le plus grand nombre de jours chômés dans l’année. Dans ce melting-pot religieux, auquel il faut mêler les nombreuses pratiques coutumières et ancestrales, certains dossiers demeurent sensibles. C’est notamment : la coexistence des communautés religieuses au sein de la nation. La laïcité de l’éducation nationale ; la laïcité du domaine public ; la compatibilité entre les pratiques religieuses et l’ordre républicain ; la gestion de la diversité religieuse par le législateur, l’exécutif et le judiciaire, qui sont tous laïcs. Nous reviendrons, très prochainement, sur certains de ces aspects du problème.

Zassi Goro ; Professeur de Lettres et philosophie, écrivain.

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