Au terme de son séjour en Allemagne, où il a pris part le 19 novembre 2019 à Berlin, à la conférence sur le Compact with Africa, le président du Faso s’est entretenu avec la presse nationale . Voici le bilan qu’il dresse de son séjour.

Question : Quel bilan pouvez-vous faire de la participation du Burkina Faso à la conférence du G20 sur l’initiative « Compact with Africa » qui vient de se tenir à Berlin en Allemagne ?

Roch Marc Christian Kaboré (RMCK) : Je voudrais tout simplement dire que c’est la première fois que notre pays participe à ce forum sur le « Compact with Africa » qui est un forum initié par la Chancelière fédérale au moment où elle assurait la présidence du G20. Ce programme vise à renforcer le partenariat entre les secteurs privés africains et ceux du G20, en particulier le secteur privé allemand. Pour cette première participation, le premier constat est que nous avons fait le tour de la coopération entre les sociétés allemandes et africaines, dans un certain nombre de secteurs pour voir les projets qui ont marché avec les différents pays qui étaient présents. Nous avons eu la participation d’une douzaine de pays dont environ sept chefs d’Etat et de Gouvernement, et cela a été l’occasion pour nous en tant que Burkina Faso de présenter la coopération que nous avons engagée avec une société allemande qui s’appelle Sysmex, dans le cadre de l’hématologie où, sur la base d’une convention que nous avons signée ensemble, 112 automates ont été installés, 500 techniciens été formés, et un personnel de Sysmex qui est un personnel local, a été mis en place pour suivre le fonctionnement de l’ensemble de ces automates. C’est un projet à succès dans le domaine de la santé qui promet, et pour lequel nous pouvons envisagé, dans le cadre de l’imagerie et d’autres domaines, de pouvoir équiper nos hôpitaux sans avoir besoin d’un décaissement immédiat de moyens financiers au niveau de l’Etat.
Le second aspect de cette participation est que nous avons eu une grande rencontre avec l’ensemble des partenaires (la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, la Banque africaine de Développement, et toutes les institutions qui participent au financement) pour constater que des efforts sont faits par les pays africains, en matière de bonne gouvernance, en matière d’amélioration du cadre du développement économique et des affaires. Des efforts sont faits également au niveau des codes des investissements, pour favoriser les investissements et il était important donc que des enjeux de développement plus importants soient vus pour l’Afrique. C’est ainsi qu’au niveau de la BAD, la question de projet « Desert to Power », qui concerne l’électrification des pays du G5 Sahel, a été posée. Dans cette zone, dans un premier temps, c’est environ 1100 mégawatts qu’il faut installer et il y a un travail de mobilisation des ressources qui est en train d’être fait entre la BAD, l’Allemagne, le Japon, l’Inde et d’autres pays qui souhaiteraient participer à ce projet.
Au niveau du Fonds monétaire international, il était question de discuter sur l’endettement des pays africains, parce qu’il est évident que les pays comme ceux du G5 Sahel sont ancrés dans une crise très importante : crise humanitaire, crise sécuritaire. Et, il est important qu’il y ait un assouplissement des conditions du Fonds monétaire vis-à-vis des Etats pour permettre effectivement de faire face à cette crise que nous souhaitons et nous espérons être une crise passagère.
Et enfin, vis-à-vis de la Banque mondiale, c’est également toute la contribution de la banque au financement, à l’appui aux Etats. Donc, c’est pour dire que les échanges ont été assez fructueux pour toutes les parties.
Je voudrais saluer ici l’engagement de la Chancelière à accompagner l’ensemble de ces actions de développement que nous menons ensemble.

Question : Quelles sont les attentes du Burkina Faso de ce compact ?

RMCK : Nous avons montré que dans les pays du Sahel, malgré les efforts que nous menons pour améliorer le climat des affaires, il y a quand même la question de la sécurité qui est une question importante, qu’on ne peut pas négliger parque la sécurité c’est d’abord la base de tout investissement dans un pays. Il est évident que comme tous les autres pays, nous sommes engagés, parce que la sécurité et le développement, la sécurité et l’investissement, ce sont des choses qui s’adossent. Nous ne pouvons pas dire que nous allons attendre la sécurité avant d’investir, ou que l’on va attendre les investissements avant de faire la sécurité. Donc, il faut que nous ayions le courage de continuer à travailler dans le sens de pouvoir faire les investissements où nous pouvons les faire, de manière à soutenir ce pays pour un retour à la paix, parce que c’est un tout, ces créations d’emplois, ces créations de richesse, ce sont des choses qui concourent à améliorer les conditions de vie des populations et certainement à baisser la pression que nous pouvons avoir dans les différents pays.
La question sécuritaire a été également au centre de ces discussions-là ! Nous avons dit qu’il est important qu’entre les privés du G20, en particulier les Allemands et l’Afrique, il y ait beaucoup plus de visites pour mieux se connaitre parce qu’évidemment comme vous le savez, le secteur privé allemand regardait de très loin l’Afrique. Or, l’Afrique aujourd’hui, c’est un potentiel, c’est plus d’un milliard de population, de marché, c’est une zone de libre échange qui a été mise en place. Donc il y a tout un travail de structuration qui est fait au niveau du commerce africain. Aujourd’hui tout le monde se rend compte que l’avenir, malgré les difficultés, ce sera l’Afrique. De ce point de vue-là, cela a été un moment de plaidoyer collectif aussi bien de la part des pays africains qui y étaient, même si nous avons des projets individuels, et de l’Union africaine qui était représentée par son président et le président de la Commission.

Question : Vous-vous êtes aussi entretenu avec le président fédéral Frank-Walter Steinmeier, et la Chancelière allemande Angela Merkel !

RMCK : Le président fédéral a reçu l’ensemble des délégations, et au titre des préoccupations qu’il voulait discuter, il y avait les questions de natalité, d’écologie, et de migration. Le président fédéral s’est réjoui d’avoir pu visiter quelques pays africains, et de constater les efforts qui sont faits malgré les difficultés rencontrées par ces différents pays.
Avec la chancelière, nous avons eu des discussions sur la coopération entre la République fédérale d’Allemagne et le Burkina Faso, les engagements que nous avons pris ensemble, de 2018 à 2020, et la prochaine rencontre que nous aurons bientôt, pour formuler le programme à venir. Nous-nous somme réjouis de la signature d’un accord de coopération militaire il y a quelques semaines à Ouagadougou, et de l’engagement pris, aussi bien sur 2020, que sur 2021 jusqu’à 2024, pour aider les forces armées burkinabè. Nous avons eu un long débat sur la question sécuritaire dans le sahel. En tant que président en exercice du G5 Sahel, nous avons montré que la situation est préoccupante, et que nous avons besoin que nous puissions faire en sorte, pour que le partenariat pour le développement et la sécurité au Sahel, ne soit pas un partenariat en plus, et non plus une fuite en avant, mais fondé sur des réalités d’activités qui seront menées, contrairement à la première expérience que nous avons pu avoir sur la mise en place du G5 Sahel et de la Force conjointe, qui continue à faire couler beaucoup d’encre et de salive. Donc il s’agit de renforcer la sécurité intérieure, gendarmerie, police, il s’agit de renforcer également toutes les questions qui sont relatives à la justice, et de travailler à renforcer et à aider au retour des burkinabè sur leurs sites, une fois sécurisés.
Donc il y a tout un travail de mise en oeuvre de la feuille de route, et nous allons continuer dans ce sens, avec la France et la République fédérale d’Allemagne, pour proposer quelque chose d’ici le mois de décembre.

Entretien : Margueritte Doannio/Sou (RTB)
Retranscription : Direction de la communication de la présidence du Faso

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